Detective Avenue, du Social et du Transmédia, entretien avec Laurent Guerin, producteur Transmédia

La sœur de Gaëlle a été retrouvée morte dans son appartement, il semblerait que l’un des locataires de son immeuble soit le coupable. La jeune femme décide de mener l’enquête et de découvrir la vérité sur le meurtre de sa sœur.

C’est ainsi que débute l’aventure Détective Avenue qui invite les internautes à se joindre à Gaëlle sans ses investigations.

Sur le site web de l’opération, chaque jour depuis le 4 avril, une vidéo est publiée offrant énigmes et indices aux participants. Sous forme de Cluedo géant, les joueurs doivent résoudre des énigmes et participer à des mini-jeux.

La grande nouveauté de ce dispositif, c’est son concept transmedia.

En effet, de nombreux supports entrent en jeu dans l’enquête qui aidera Gaëlle à retrouver le coupable : le site web bien sûr mais également la page Facebook d’un des locataires, le mobile via une application Iphone, des indices envoyés par SMS ou par mail aux participants, un serveur vocal interactif mais également grâce à de la géolocalisation…

Les informations disponibles sur les différents supports ne sont pas dupliquées mais bel et bien exclusives : pour avoir le plus de chance de résoudre l’enquête et de finir premier au classement du jeu, les joueurs ont tout intérêt à se déplacer de format en format réunissant ainsi un maximum d’indices.

Entretien avec Laurent Guerin, producteur transmedia de Detective Avenue :

– Detective avenue remporte les ateliers Orange de la création en 2010, comment est né le projet ? Qui en est à l’origine ?

C’est Alain Degove (Murmures Productions) qui est à l’origine de ce projet. Il souhaitait mettre en musique une enquête dans laquelle les internautes se retrouveraient dans la position de James Steward dans « Fenêtre sur Cour ». Il a ensuite fait appel à Marc Eisenchteter comme directeur d’écriture, puis à Aurélie Belko et Sabine Cipolla pour écrire la bible et les épisodes. Je l’ai ensuite rejoint au sein de Murmures Productions et nous avons commencé à travailler sur l’aspect transmédia du programme. Nous avons ensuite effectivement remporté les Ateliers de la Création Orange en 2010 et à partir de là, nous avons travaillé avec les équipes de la direction des contenus d’Orange tout en renforçant notre équipe avec entre autres un réalisateur pour le programme (Arnaud Legoff) et un directeur de projet (Etienne Weil) et on a commencé la production à l’été 2010.

– Le dispositif a nécessité un gros budget, d’où vient le choix de faire ce pari risqué du transmedia ?


Avant tout, il faut préciser que ce n’est pas un gros budget comparé aux budgets de longs métrages, de jeux vidéos, de téléfilms ou de séries. Et même si l’on compare aux précédentes productions destinées au web -celles d’Arte par exemple-, nous sommes en dessous des coûts de production habituels. Les images de Detective Avenue ont coûté 2 500 € la minute, soit minimum dix fois moins que la moindre fiction française destinée à la télévision.

Le transmédia nous permet surtout de raconter une histoire en utilisant l’ensemble des outils dont nos spectateurs se servent au quotidien : web, réseaux sociaux, tv, smartphone etc… Je ne vois pas cela comme un pari risqué. Au contraire, je pense qu’il s’agit d’une obligation pour le divertissement aujourd’hui : il faut aller chercher les spectateurs là où ils sont…

– Déjà une dizaine de jour que le jeu a démarré, tout se passe bien ?

Oui, très bien même. Nous avons un formidable taux de satisfaction et les chiffres qui vont avec. Le site www.detective-avenue.com n’existait pas il y a 15 jours et totalise déjà 2 millions de pages vues. Chaque joueur sur Detective Avenue consulte en moyenne 20 pages et passe 10 minutes sur le site. Temps auquel il faut ajouter le temps passé à faire des recherches internet pour résoudre nos défis quotidiens et le temps à discuter sur la page Facebook, c’est assez impressionnant en terme « d’exposition à la marque » (ou de « stickyness »).

– Est ce qu’on peut déjà parler d’une « communauté de détectives » sur les espaces sociaux ?

Complètement. Il suffit de se rendre sur la page Facebook de Detective Avenue pour le constater. Les joueurs échangent leurs théories, partagent leurs certitudes, se posent des questions et s’entraident pour répondre aux défis quotidiens du jeu. Il y a un joueur qui a créé un espace de chat réservé à Detective Avenue sur un site tiers. Ils sont plusieurs dizaines à s’y retrouver chaque soir. On a même des joueurs qui trouvent des indices là où il n’y en a pas, ou encore des joueurs qui repèrent nos petites erreurs ici et là…

– Comment se passe la gestion de communauté ?  Qui s’en occupe ? Quelle est la « politique » mise en place ?

Le community management compte parmi les postes que l’on n’a pas pu staffer comme on voulait. Je le gère donc en interne avec l’aide d’une assistante chef de projet. Nous avons réussi à centraliser la communauté de joueurs sur la page Facebook et même si Facebook n’est pas tout à fait prévu pour l’usage que nous en faisons, ça se passe très bien pour l’instant. Pour le coup, je dois dire que nous sommes beaucoup aidés par les joueurs eux-mêmes, que je remercie au passage. La « politique » est assez simple. On fait dans l’humour, la transparence, la disponibilité et l’humilité…

– L’animation d’une page Facebook comme celle de Detective avenue est plutôt facilitée par les nouveaux indices et énigmes quotidiens mais au niveau de la modération, vous n’avez pas peur que les joueurs s’échangent les réponses aux défis ou qu’ils se donnent les informations obtenues sur les services payant (réponses aux défis par SMS, messagerie de l’héroïne,…) ?

C’est quelque chose qu’on ne peut pas empêcher.  Internet est un média sur lequel tu ne peux rien verrouiller, c’est ce qui en fait un de ces atouts. Nous avons donc pris le parti d’essayer d’intégrer ce paramètre intelligemment. Sur la page, les joueurs se donnent des indices sans écrire les réponses et des modérateurs improvisés veillent et rappellent les « règles » de la page. Et au final, ce qui est important, c’est que tous parlent du programme ! C’est un équilibre savant à trouver. Est-ce que tu préfères lutter avec l’énergie du désespoir contre 100 personnes qui piratent ton album ou est-ce que tu préfères que 10 000 personnes parlent de ton travail ?

Il ne faut pas oublier que tous les joueurs ne viennent pas sur la page Facebook. Les « indices » ne sont pas non plus inscrits au néon clignotant.  Nous avons donc tous types de comportement par rapport aux services payants. Certains les consomment, d’autres non, certains les consomment de temps en temps, certains les « racontent » (comme les messages de Philippe -le mari de Gaëlle- accessibles en appelant un numéro surtaxé ou les vidéos de l’application iPhone, qui elle, est gratuite).

Mais d’une certaine manière, tu ne peux pas ouvrir un espace communautaire de discussions, tout en interdisant à ceux qui le font vivre de s’exprimer librement. Au final, les deux seules règles que nous veillons à faire respecter, c’est la courtoisie et le fait de ne pas donner directement les réponses aux défis quotidiens. Cette deuxième règle, ce n’est pas uniquement pour « préserver » nos services payants, mais aussi beaucoup par respect des joueurs qui passent deux heures à chercher la réponse aux défis… entre minuit et deux heures du matin ;-), car les nouveaux épisodes et les défis de chaque journée d’enquête de débloquent à minuit…

– L’enquête dure 5 semaines, c’est quoi la suite ?

Depuis le 4 avril, tout le monde est sur la même partie, avec le même coupable. Cette partie se termine le 10 mai et de nouveaux épisodes sont disponibles chaque jour. Dès le 11 mai, il y a 4 nouvelles parties qui démarrent et des coupables qui changent… De quoi séduire encore un grand nombre de joueurs!

Un grand merci à Laurent pour la qualité de ses réponses, pour jouer à Detective Avenue : c’est par ici!!!!

Maud

Directrice OP1C